L’autre Demain ?

mercredi 6 mai 2020


Prendre le temps d’analyser les phénomènes à l’œuvre est une nécessité. Le constat est assez simple : notre modèle de société, nos territoires, notre système social et économique sont vulnérables. Alors que la fragilité de la planète, de la nature était au cœur des discussions, nous mesurons celle de l’humain. La crise actuelle liée à la pandémie du COVID-19 met en avant toutes ces vulnérabilités.

Vulnérabilité du modèle social, où les plus jeunes et les plus vieux sont les plus impactés par ce confinement, où la famille comme l’accompagnement des mourants retrouvent une nouvelle valeur, où les emplois les plus nécessaires sont d’ordinaire les moins valorisés.

Vulnérabilité du modèle sociétal, où l’accès aux biens et services, la typologie des logements, la mobilité ne sont pas adaptés au confinement. Vulnérabilité du modèle territorial où les dépendances et interdépendances sont mises en tension, qu’il s’agisse de la production alimentaire, de l’offre de soin ou de la surdensité.

Vulnérabilité du modèle économique... inter-dépendance des nations et hyper-dépendance à la Chine, besoin de retrouver des productions de proximité... C’est la fragilité d’un système mondialisé, financièrement efficient mais peu adaptable, qui se confirme.

Nombre d’observateurs, de citoyens, semblent découvrir cette vulnérabilité. Cette faible préparation peut surprendre tant les démarches de prévention des risques, les concepts d’évitement et de réduction des impacts, de prise en compte de l’aléa ont alimenté travaux de recherche, colloques et séminaires, démarches prospectives, études et observatoires.

Néanmoins cette réalité semble toujours difficile à faire entendre. Ces notions restent très peu intégrées par les acteurs des politiques publiques ; ou du moins abordées avec distance. On ne peut que regretter la nécessité de la catastrophe pour que la prise de conscience de cette vulnérabilité devienne bien réelle.

Pourtant voilà bien des années que l’alerte est donnée en matière de risques qui pèsent sur les personnes comme sur les biens et les systèmes productifs. Parce qu’elle est mondiale, cette crise permet une lecture partagée. La place des territoires y apparaît évidente et primordiale tant les réponses sont à trouver et à ajuster localement. Rien ne se passe hors des territoires, tous sont concernés.

Cependant, alors que Madame Jacqueline Gourault, Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, prépare la loi 3D (décentralisation, déconcentration, différenciation), le troisième « D », différenciation, ne semble pas à l’œuvre dans les mesures de confinement : un habitant d’un hameau de Lozère, département où seuls deux cas ont été recensés, s’est vu appliquer les mêmes règles de confinement qu’un mulhousien au cœur de la pandémie.
Le principe d’égalité des territoires a atteint ici ses limites, et cette fameuse différenciation est demandée par tous les acteurs locaux pour la nouvelle phase de déconfinement.

Faire confiance au local, telle est pourtant la demande répétée et concordante de l’association des maires de France comme de France Urbaine depuis plusieurs années. Adopter cette approche territoriale, le tournant local, selon l’expression de Pierre Veltz, grand prix de l’urbanisme 2017, apparaît comme une opportunité, et maintenant une nécessité, pour faire face à ces vulnérabilités.

L’heure est donc à la réinterrogation, et s’il faut « Penser le monde d’après », comme titrait Le Monde du 13 avril, il faut admettre que notre référentiel n’a pas permis d’anticiper cette crise et qu’on ne pourra pas préparer cet après sans modifier nos pratiques, nos métiers, nos champs d’intervention. Si ce virus est mondial, si sa gestion est nationale, sa prise en charge est avant tout communale, et les réalités territoriales qu’il révèle sont bien locales.

A suivre … /…


Yann CABROL
Directeur général de l’auaT