Prendre le temps et consentir à la vulnérabilité

mercredi 6 mai 2020


Cet après est incontestablement à imaginer comme différent (ce qui ne veut pas forcément dire que rien ne sera comme avant) pour autant que l’on aura tiré les justes enseignements de cette crise. Notre modèle est profondément interpellé : modèle social, sociétal et territorial. Le besoin d’adaptation se fait criant et déjà la notion de résilience est présentée comme le sésame qui montrera – à qui ? - qu’un virus ne peut pas nous arrêter.

Alors qu’un conseil national de la résilience semble se dessiner pour adapter nos modèles, ne conviendrait-il pas d’abord de reconnaître ce qui nous arrive ? Nous sommes vulnérables. Notre modèle de développement est vulnérable. Le risque « zéro » n’existe pas.

Dans le débat actuel, la vulnérabilité est bien moins évoquée que la résilience. L’une semble porter une connotation négative, l’autre est soutenue comme positive. Dans cette approche, il apparaît utile de différencier résilience des personnes (telle que développée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik) et résilience des territoires.
En effet, cette dernière est définie par le City Resilience Index comme « la capacité des villes à fonctionner, afin que les personnes vivant et travaillant avec les villes - en particulier les pauvres et les vulnérables - survivent et prospèrent quels que soient les stress ou les chocs qu’ils rencontrent ».

En Louisiane, après le passage de l’Ouragan Katrina, c’est ce « quels que soient » que certains ont dénoncé à travers le mouvement « Stop calling me resiliente » voyant là une façon de ne pas tenir compte du choc vécu par les habitants et de passer trop vite à autre chose (ou revenir à la même chose…).

La résilience des habitants ne fait pas celle du territoire, la résilience d’un système n’est pas celle des composantes du système.

Consentir à la vulnérabilité c’est reconnaître que l’on peut-être – et certains plus que d’autres – fragilisés par une crise. Reconnaître que l’on peut avoir à faire face à une catastrophe, qu’elle soit sanitaire ou environnementale, et que l’enjeu n’est pas de s’y soustraire mais bien de s’y préparer pour en limiter les effets.

Cette crise va-t-elle nous préparer à mieux affronter une nouvelle pandémie ? C’est certain. Mais saura-t-on plus largement réinterroger notre vulnérabilité pour enfin intégrer les risques pourtant connus que sont par exemple les phénomènes violents liés au dérèglement climatique ? Dans le grand bassin toulousain, les inondations sont déjà fréquentes, les sécheresses bien présentes ; se prépare-t-on aux grands incendies ? L’Australie est à l’autre bout du globe certes, mais l’Espagne... Vaison-la-Romaine est encore dans les mémoires, Trèbes est dans notre Région…et Lubrizol ? et AZF ! Et pourtant...

Ces crises, sanitaires, environnementales, énergétiques, économiques, technologiques – quid d’une crise numérique ? – voire politiques, sont une réalité qui rend les territoires vulnérables. Consentir à cette vulnérabilité, se savoir fragile, c’est reconnaître qu’il faut agir en conséquence et s’en donner les moyens.

A suivre … /…


Yann CABROL
Directeur général de l’auaT