« Plus fraîche ma ville » : un service numérique gratuit pour lutter contre la surchauffe urbaine
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« Plus fraîche ma ville » : un service numérique gratuit pour lutter contre la surchauffe urbaine

« Plus fraîche ma ville » : un service numérique gratuit pour lutter contre la surchauffe urbaine

L’ADEME accompagne les collectivités dans la lutte contre la surchauffe urbaine et le déploiement de solutions de rafraîchissement pérennes. Rencontre avec Béatrice Papin, responsable du projet “Plus fraîche ma ville” pour l’Occitanie.

Face à des canicules toujours plus intenses, l’adaptation des territoires devient vitale. Depuis 2022, le dispositif plusfraichemaville.fr lancé par l’ADEME permet de diagnostiquer et de rafraîchir durablement les villes et les villages. L’AUAT et ses homologues de Perpignan et de Nîmes soutiennent cette initiative.

Le service « Plus fraîche ma ville » n’est pas un simple catalogue de solutions. Pouvez-vous nous en rappeler la philosophie centrale ?

L’idée, c’est de proposer une véritable boîte à outils méthodologique pour permettre aux collectivités de passer de l’idée à l’action. Il n’existe pas de solution miracle unique contre la surchauffe urbaine. Il convient de combiner différents types de solutions – vertes (végétalisation), bleues (gestion de l’eau), grises (choix des matériaux), douces (évolution des usages) – en les adaptant à chaque contexte local.

Concrètement, la plateforme est structurée en trois fonctionnalités. D’abord, s’informer sur le phénomène et ses risques pour la santé. L’objectif est d’inciter à la réalisation d’un diagnostic de surchauffe via des premières données intégrées. Ensuite, s’inspirer grâce à un catalogue de 45 solutions et 60 retours d’expérience de collectivités. Enfin, créer son projet avec un espace dédié aux collectivités, qui permet notamment d’estimer les budgets et les aides financières.

Quel constat a motivé le lancement de cette initiative par l’ADEME ?

Face aux canicules qui s’intensifient – l’été 2026 a été l’été le plus chaud depuis le début des mesures en 1900 – certaines collectivités ont cherché des réponses parfois inadaptées, comme végétaliser avec des essences inadaptées au climat, ou un recours massif à la climatisation. Les agents et élus sont souvent isolés sur ce sujet, sans expertise préalable. Ce service est donc né pour les accompagner dans leurs projets de rafraîchissement urbain et palier un manque d’ingénierie, avec une aide de premier niveau gratuite, basée sur des solutions techniques éprouvées.

Le service s’adresse-t-il à tous les types de territoires ?

Oui, bien que nous ciblions en priorité les communes de plus de 50 000 habitants. Ce sont les plus concernées par le phénomène d’îlot de chaleur urbain. Cependant, les plus petites communes sont tout aussi concernées par la protection de leurs habitants lors des vagues de chaleur. La surchauffe estivale concerne tous les territoires. La boîte à outils est adaptable à tous les besoins. Certaines collectivités arrivent avec une stratégie avancée, d’autres démarrent de zéro. Chaque agent peut accéder à des données propres à son territoire, pour se projeter selon le site visé, qu’il s’agisse d’une école, d’un parking ou d’une place. Plus de 1 000 projets ont été initiés sur la plateforme en 3 ans, mobilisant 600 collectivités.

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Justement, la première étape est le diagnostic. Quelles sont les données clés et comment une petite collectivité peut-elle s’y prendre ?

C’est une question essentielle. Il est important de bien connaître son territoire avant d’agir. Pour un premier diagnostic à l’échelle de la commune, nous orientons vers Climadiag Commune de Météo-France. C’est un outil en ligne gratuit qui donne une vision claire des évolutions climatiques attendues d’ici 2030, 2050 ou 2100 avec des indicateurs de surchauffe urbaine tels que la fréquence des nuits chaudes.

Pour identifier plus finement les zones potentielles à risque, à l’échelle du quartier, deux outils sont très utiles. La cartographie des zones climatiques locales du Cerema permet de repérer les quartiers les plus exposés à la surchauffe urbaine. Avec une connaissance SIG, un agent peut également consulter la cartographie de l’intensité de l’ICU du CSTB, pour visualiser les zones où l’îlot de chaleur urbain est le plus fort. Ces données sont aujourd’hui accessibles en ligne, ce qui permet à n’importe quelle collectivité de s’en saisir.

Pour prioriser les zones d’action, faut-il privilégier les plus chaudes ou celles accueillant des populations vulnérables ?

C’est effectivement le cœur du sujet. Le risque sanitaire est souvent le levier le plus important pour les élus. Le diagnostic permet de visualiser où se trouvent les populations les plus à risque pour prioriser les interventions, par exemple en décidant sur quelles écoles agir en premier. Les indicateurs de surchauffe du bâtiment fournis par GoRénove du CSTB, par exemple, permettent d’identifier les bâtiments résidentiels les plus vulnérables à la chaleur pour prioriser les actions sur le parc de logements.

Cette démarche conduit-elle à associer les habitants à un moment où un autre ?

On peut l’observer dans certains projets parmi nos retours d’expériences. On voit aussi des collectivités qui impliquent les habitants pour contribuer. L’exemple de l’opération « Des fleurs sur mon mur » à Toulouse est en cela intéressant : elle montre comment une démarche participative peut transformer un projet technique en un projet partagé par les riverains. C’est aussi un moyen de créer de l’émulation entre territoires voisins. La cartographie participative des refuges climatiques initiée à Toulouse, accompagnée par l’ADEME et portée par le bureau d’études Tribu, constitue un autre exemple. Elle est désormais disponible à l’échelle nationale. Les usagers peuvent y contribuer pour préciser les espaces refuges potentiels déjà affichés sur la carte. Le savoir local sur les espaces vécus/perçus s’avère indispensable.

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Comment évaluez-vous l’efficacité des actions mises en place ?

Nous voyons des retours qualitatifs très positifs, mais aussi des mesures concrètes. Un diagnostic de la surchauffe urbaine est en cours d’élaboration à l’échelle de la ville de Nîmes pour la définition d’une stratégie d’adaptation au changement climatique, et des relevés de température sont prévus sur des opérations de végétalisation à Perpignan pour objectiver les gains. L’objectif est que les collectivités disposent de données chiffrées sur l’impact réel des solutions, comme la baisse de température de l’air ou de surface observée, celle de la température ressentie par les usagers ou l’amélioration du confort.

Sur la base des retours d’expérience, quel est le principal frein que rencontre les collectivités ?

Le frein principal est l’isolement des porteurs de projet, souvent couplé à un manque de disponibilité et de compétence technique interne, aggravé par des contraintes budgétaires. Les agents ont parfois du mal à convaincre les élus sans données objectives. Nous constatons aussi que les choix sont encore trop souvent guidés par des habitudes plutôt que par une logique de rafraîchissement durable (par manque notamment de planification). C’est pour cela que le partage d’expérience entre pairs est un levier puissant dans nos accompagnements.

La question du financement est décisive à l’heure actuelle. Quelles sont les pistes pour financer ces projets ?

Le Fonds Vert est un levier majeur. Pour les projets de rafraîchissement, il faut regarder l’axe 2 sur l’adaptation au changement climatique, qui finance la végétalisation ou la désimperméabilisation. L’axe 1 sur la performance environnementale permet de financer le confort d’été dans les bâtiments publics. Pour les cours d’école, les deux axes sont combinables. A noter que depuis 2024, il existe une sous-mesure simplifiée pour le confort d’été (protections solaires, brasseurs d’air) qui n’exige pas d’étude thermique complexe. D’autres dispositifs existent comme les certificats d’économies d’énergie ou EduRenov pour le bâti scolaire. Notre plateforme aide à s’y retrouver en orientant vers les aides mobilisables.

Comment articuler ce service avec les politiques publiques du territoire ?

Notre conseil est de rattacher systématiquement le rafraîchissement aux documents stratégiques existants comme le PCAET ou le PLUi. Cela renforce la crédibilité des dossiers de demande de subvention. Nous proposons également aux collectivités de signer la Charte du rafraîchissement urbain de l’ADEME pour inscrire leur démarche dans une trajectoire de rafraîchissement durable, apposée si possible aux documents de planification. L’échelle intercommunale est particulièrement pertinente pour mutualiser l’ingénierie, comme le montre l’exemple du PETR du Val d’Adour qui a articulé surchauffe et gestion de l’eau sur trois communes.

Pour conclure, quel message feriez-vous passer aux acteurs des territoires ?

Il faut concevoir un urbanisme capable de rendre la ville habitable lors d’épisodes climatiques extrêmes, qui vont devenir la norme climatique future. Adapter la ville est une question de survie. Et surtout, ne pas attendre d’avoir un projet parfait pour commencer. Vous pouvez partir d’un diagnostic ou d’un projet simple, même modeste, puis le raccrocher à une stratégie d’adaptation au changement climatique plus large. L’essentiel est de se lancer, de s’appuyer sur les outils disponibles et de partager son expérience avec d’autres territoires.

Consulter la plateforme « Plus fraîche ma ville » de l’ADEME

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