Comment convaincre un territoire d’agir pour la biodiversité ? En parlant sécurité, santé et attractivité, répond Véronique Ventre de l’ARB Occitanie. Interview sur l’intégration du vivant dans l’aménagement, du SCoT au quartier.
Face à l’artificialisation longtemps galopante en Occitanie, l’agence régionale de la biodiversité (ARB) accompagne les collectivités pour transformer l’urgence écologique en opportunité d’aménagement. Sa mission : outiller les territoires pour qu’ils fassent de la nature un atout décisif. Savoir comment intégrer la biodiversité dans un PLU est devenu un enjeu majeur. Véronique Ventre, qui pilote ces questions au sein de cette structure, livre son analyse. Pour elle, le changement de regard est déjà à l’œuvre : la biodiversité n’est plus une contrainte, mais une réponse aux attentes des habitants.
Vous plaidez pour un changement de récit sur la biodiversité. Pourquoi et comment convaincre les acteurs des territoires à agir pour la préserver ?
Le discours de la préservation pour elle-même a montré ses limites. Aujourd’hui, nous mettons en avant les impacts concrets et des solutions. Un élu ne protège pas une espèce abstraite ; il assure la sécurité de ses administrés face aux inondations en restaurant une zone humide. Il améliore la santé publique en luttant contre les îlots de chaleur par la végétalisation. L’élu renforce l’attractivité et le cadre de vie de sa commune. C’est ce lien direct avec leurs priorités opérationnelles – la gestion des risques, la santé, l’identité du territoire – qui fait bouger les lignes et débloque les moyens. La nature devient alors un partenaire de l’aménagement, pas un frein.
Votre étude de 2020 pointait une intégration perfectible de la biodiversité dans les documents d’urbanisme. Où en est-on aujourd’hui en Occitanie ?
La prise de conscience est réelle, mais le passage à l’acte est inégal. La bonne nouvelle ? La complexité ne doit pas paralyser. L’essentiel est de commencer, même par un sujet précis. Nous voyons des territoires faire des percées remarquables : des PLU qui intègrent des listes d’espèces locales pour les plantations, des règlements qui protègent les habitats de chauves-souris ou d’hirondelles, ou l’utilisation de cartographies fines pour lutter contre la pollution lumineuse.
Le vrai défi qui émerge est celui de la donnée naturaliste. Pour vraiment « éviter » les impacts sur la biodiversité comme le demande la loi, il faut savoir où elle se trouve. Nous accompagnons les collectivités pour développer cette connaissance, qui est la clé d’une planification véritablement éclairée et d’une application robuste de la séquence Éviter-Réduire-Compenser.
Les solutions d’adaptation fondées sur la nature (SAFN) sont votre cheval de bataille. En quoi sont-elles un « sans regret » pour les finances publiques ?
Les SAFN, c’est le pari gagnant-gagnant par excellence. Prenez une noue paysagère comparée à un réseau enterré de tuyaux en béton. La première infiltre l’eau de pluie, recharge les nappes, crée un corridor écologique, rafraîchit l’air et embellit le quartier. Le second est une charge enterrée, uniquement fonctionnelle. Sur un cycle de vie complet, la solution fondée sur la nature est souvent moins coûteuse, plus résiliente face aux aléas climatiques et génère une multitude de bénéfices annexes. C’est un retour à une forme d’intelligence et de bon sens dans la gestion des sols et de l’eau.
Quels sont les outils de l’ARB qui changent véritablement la donne pour les équipes ?
Nous comblons un manque crucial : le « comment faire ». Nos webinaires créent une communauté de pratique où les collectivités échangent sur leurs réussites et leurs blocages. Nos fiches sur la planification forment un kit opérationnel : elles fournissent des clauses prêtes à l’emploi pour les PLUi/SCoT, avec une méthode étape par étape.
Notre prochain grand chantier ? Mieux mettre en œuvre la séquence ERC à l’échelle de la planification territoriale. Trop souvent, ces deux mondes ne se comprennent pas, tout simplement parce qu’ils n’ont pas le même langage. Nous travaillons à un cadre méthodologique pour 2026 afin que la biodiversité soit pensée de façon cohérente et anticipée, de la stratégie territoriale jusqu’au permis de construire.
Imaginez l’Occitanie dans 20 ans : à quoi ressemble un territoire qui a réussi cette intégration ?
Ce n’est pas une utopie lointaine, nous en voyons les prototypes aujourd’hui. C’est la cour d’école minérale transformée en oasis de fraîcheur, le faubourg qui redécouvre le ruisseau sous la route et en fait un parc, le quartier neuf conçu comme un écosystème qui régule son climat et accueille la faune. Ceux qui ont déjà engagé leurs territoires dans cette trajectoire ne souhaitent pas revenir en arrière…
Dans 20 ans, le territoire réussi est donc celui où l’on ne se demande plus si on intègre la nature, mais comment le faire au mieux. Où la frontière entre urbain et naturel est poreuse et bénéfique. Ces projets, une fois réalisés, deviennent la nouvelle norme attendue par les habitants. Ils démontrent que l’alliance entre l’urbain et le vivant est le fondement d’une qualité de vie supérieure et d’une résilience accentuée.


