Alain Garès : « L’arrivée de l’A380 a fondé l’agglomération toulousaine »
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Alain Garès : « L’arrivée de l’A380 a fondé l’agglomération toulousaine »

Alain Garès, 1er salarié de l’AUAT en 1972, revient sur l’élan donné par le projet industriel de l’A380 et la création de l’agglomération toulousaine

Alain Garès : « L’arrivée de l’A380 a fondé l’agglomération toulousaine »

Le 50ème anniversaire de l’AUAT est l’occasion de revenir sur les éléments fondateurs de l’agglomération toulousaine. Pour Alain Garès, 1er salarié de l’AUAT en 1972, l’arrivée de l’A380 à Toulouse en fait partie.

Vous avez rejoint l’AUAT tout juste créée en février 1972 : quels étaient vos sujets ?

Je sortais de l’ESSEC et, comme Patrick Lusson qui allait arriver quelques mois plus tard, je travaillais sur les sujets liés au développement économique et notamment les zones d’activité. Celle du Sicoval en a été un exemple. Ce projet est emblématique de l’assistance que nous assurions auprès des élus et des avancées qu’a permis cette coopération : le Sicoval a été le pionnier de l’intercommunalité moderne en France, en mettant en place le partage des ressources créées par l’action intercommunale, et l’agence a été un acteur essentiel de cette innovation. En appui à Claude Ducert, maire de Labège et président du Sicoval, j’ai passé du temps au ministère de l’Intérieur, puis à l’Assemblée Nationale et au Sénat pour faire introduire dans la loi sur la taxe professionnelle un amendement qui entérine le dispositif fiscal du Sicoval… Plus largement, nous avions une casquette « intercommunale » et ceci 20 ans avant que le district ne voie le jour.

Comment les élus des communes abordaient-ils cette orientation vers le collectif ?

C’était une nouveauté mais l’accueil était positif. Les communes ont très vite perçu l’AUAT comme leur outil, du fait  de son indépendance vis-à-vis des services de l’Etat.. Je me souviens que nous avions créé une plaquette de présentation de l’agglomération, alors que cette dernière n’avait pas d’existence administrative ! C’était objectivement la première matérialisation d’une démarche intercommunale et pendant de nombreuses années, rien n’a bougé d’un point de vue institutionnel. Il faut dire que la commune de Toulouse, du fait de sa taille[1], n’avait pas vraiment besoin des autres communes pour se développer…

Jusqu’à ce que se dessine le projet d’accueillir la chaîne d’assemblage de l’A380…

C’est effectivement, à mon sens, et même si on le dit rarement, l’acte réellement fondateur de l’intercommunalité toulousaine. En 1999, Airbus fait savoir que son projet de construire un nouvel avion, d’une dimension exceptionnelle, se précise. Fin 1999, tout le monde se mobilise pour que ce soit à Toulouse plutôt qu’à Hambourg. En 2000, Airbus décide de lancer l’A380,  à Toulouse. Mais la dimension du projet dépasse largement les capacités des acteurs locaux : l’intercommunalité se réduit au district, créé quelques années plus tôt pour répondre a minima à la pression de l’Etat qui commençait à pousser les communes à se regrouper. Le montant des investissements publics nécessaires, mais aussi des recettes fiscales qu’apporterait le projet, demande un nouveau cadre : la Communauté d’agglomération du Grand Toulouse voit le jour le 1e janvier 2001.

Le projet industriel de l’A380 a donc réuni tous les acteurs du territoire

C’est Bernard Keller, le maire de Blagnac, qui a initié le mouvement. Il a proposé à Airbus un site adjacent à l’aéroport, propriété de sa commune, pour accueillir le projet industriel.  Le 27 septembre 1999, l’Etat et les collectivités locales (district du Grand Toulouse, Sivom Blagnac Constellation avec les communes voisines de Blagnac, Département et Région) signent un protocole d’accord historique pour l’ouest toulousain et l’agglomération à venir. Il les engage à réaliser « une zone d’activité de 220 ha, pouvant aller jusqu’à 320 ha », pour accueillir les activités aéronautiques nouvelles. C’est l’acte de naissance du projet et le début d’une mobilisation inédite, animée par le Secrétaire général de la préfecture.

Comme vous le disiez dans la revue Belveder, ce projet a été d’une intensité inédite.

Je n’ai jamais vu, dans toute ma carrière, une telle unanimité dans le portage d’un projet. Du Premier ministre au maire de la plus petite commune du district, tout le monde voulait contribuer à son succès ! J’avais pris en juin 2000 la direction de la SEM Constellation à Blagnac, créée pour porter le projet industriel et les projets d’aménagement du secteur – et qui elle-même, après la fusion avec les SEM d’aménagement de Toulouse et de Colomiers, deviendra bien plus tard Oppidea. Début 2000, le site proposé, une ancienne propriété agricole acquise par la commune, contenait des équipements sportifs et des champs. La ZAC a été créée en avril 2001. En octobre 2003, l’usine d’Airbus était finie, et le premier A380 a volé en avril 2005.

Ce projet industriel a ensuite été accompagné d’un projet urbain, avec les ZAC d’Andromède et de Monges

Le projet urbain est tout de suite apparu comme une évidence. Un site de plus de 200 hectares, sur Blagnac et Beauzelle, était « réservé à l’urbanisation future », et le futur était déjà là… De même pour les 57 hectares du site de Monges à Cornebarrieu. Dès le départ, l’idée était d’associer logement, activités, bureaux, commerces de proximité, équipements publics, et de recréer des espaces verts pour compenser ce qui avait été artificialisé pour les usines d’Airbus. C’est la SEM Constellation qui a porté le projet et l’appui de l’AUAT a été précieux à cette étape, notamment sur la méthode. Yvan Castera et Patrice Contart m’ont suggéré la nouvelle procédure de « marchés de définition ». Elle consistait à mettre en concurrence des équipes d’urbanistes, après une phase de réflexion commune, pour confier la maîtrise d’œuvre urbaine à l’équipe dont le projet était retenu. C’était une innovation dans la méthode, indiscutablement – et nous avons par la suite continué à innover dans la réalisation de la ZAC.

L’écoquartier avant l’heure, Andromède, était donc pionnier aussi sur la méthode

En effet, Andromède a été un écoquartier avant même que le terme ne soit inventé ! Nous avons ensuite introduit à Toulouse la pratique des consultations pour la vente de chaque lot. Elle a permis de mettre en avant la qualité architecturale et environnementale des projets, en donnant aussi l’occasion à des jeunes architectes de sortir du lot. C’était un changement important dans les pratiques vis-à-vis des promoteurs. Tout ceci, il faut le souligner, aurait été impossible si nous n’avions pas eu un soutien politique fort et constant dans cette recherche de qualité tout au long du déroulement de l’opération.

L’archive à découvrir

L’étude préalable de la ZAC Andromède

Voici un extrait d’un document de 2001 qui esquisse le futur dossier de création de la ZAC Andromède. La mission de l’AUAT était de poser les bases des études d’impact, techniques ou encore le bilan financier.


[1] La commune de Toulouse s’étend sur 118 km², contre 105 km² pour Paris, 49 km² pour Lyon ou 48 km² pour Bordeaux. Pour plus de comparaisons entre territoires, utilisez https://portrait.aua-toulouse.org/

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