Patrick Lusson : « Nous étions des secoueurs de cocotiers »
Agence d'urbanisme et d'aménagement Toulouse aire métropolitaine
AUAT

Patrick Lusson : « Nous étions des secoueurs de cocotiers »

Le 50ème anniversaire de l’AUAT est l’occasion de revenir sur la naissance de l’agence et les premiers projets au service de Toulouse et de ses communes limitrophes. Interview de Patrick Lusson, qui témoigne de l’état d’esprit de celles et ceux qui ont créé l’agence au début des années 70.

Patrick Lusson : « Nous étions des secoueurs de cocotiers »

Le 50ème anniversaire de l’AUAT est l’occasion de revenir sur la création de l’agence et les premiers projets au service de Toulouse et de ses communes limitrophes. Interview de Patrick Lusson, qui témoigne de l’état d’esprit de celles et ceux qui ont créé l’agence au début des années 70.

Patrick Lusson, chargé d’études et de mission à l’AUAT de 1973 à 1989, partage avec nous ses souvenirs témoignant de la vocation de l’agence : réunir et accompagner des élus et techniciens dans un cadre neutre de dialogue et de travail, pour aménager le territoire toulousain.

Créer l’AUAT répondait à un besoin d’engager des projets à plusieurs communes. C’était une nouveauté en 1972 ?

Dépasser leurs concurrences entre communes était bien inédit et c’était la volonté de Pierre Baudis, nouvellement élu. Son équipe a souhaité nouer le dialogue avec les communes en périphérie de Toulouse, en créant un espace apolitique pour lancer des projets communs. L’urbanisme étant à la confluence de bien des enjeux, l’idée a séduit et l’AUAT est née. L’équipe était alors composée d’une dizaine de personnes pour travailler sur trois volets : bâtir un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU, aujourd’hui SCoT), réaliser des plans d’occupation des sols (POS aujourd’hui PLU), des ZAC et développer les transports en commun en site propre (TCSP).

Quel était le premier projet sur lequel vous avez travaillé ?

C’était la création de zone aménagement différé de Labège. Au début des années 70, on savait que l’autoroute vers Narbonne verrait le jour et que cette zone allait subir une forte pression. Nous avons donc travaillé sur des propositions visant à réserver des terrains pour des aménagements futurs. Cela a par exemple permis l’installation du Carrefour de Labège, la zone d’activités et généré la création du Sicoval.

 Comment travailliez-vous avec les services des communes et de l’Etat ?

Il était attendu que l’AUAT propose des idées, de l’expertise et aide les services de la ville à agir. En tant qu’experts, nous avions à cœur de développer une culture commune de l’urbanisme. Nous défendions l’intérêt général, au-delà des intérêts particuliers. En tant qu’organisme neutre, nous étions sollicités pour donner des avis sur les projets d’installation de grandes surfaces commerciales (CDUC). Nous produisions des études pour, par exemple, proposer des aménagements, comme le  tracé de TCSP (métro ou tramway ?), ou réserver un espace pour une école et ceci années après années. Ces missions font partie des particularités propres aux agences d’urbanisme.

Ce positionnement d’organisme indépendant était-il facile à assumer ?

Nous le faisions avec la force que constituait l’éclectisme des profils de l’équipe. Economiste, géographe, urbaniste, architecte… Nous nous complétions bien et c’est encore aujourd’hui un atout des agences. Nous travaillions avec nos homologues des autres agences : celles de Nantes, de Grenoble, de Marseille ou de Bordeaux existaient déjà et nous y trouvions des sources d’inspiration et de bonnes pratiques. Cela nous aidait à secouer le cocotier, en proposant des choses nouvelles.

Pouvez-vous donner des exemples d’enjeux nouvellement dessinés à l’époque ?

On a commencé à questionner le tout voiture et la piétonnisation : c’était une préoccupation naissante… Nous étions aussi aux prémices des préoccupations environnementales, puisque le SDAU a intégré un schéma cycliste : une page de texte et une carte, mais c’était plus que notable à l’époque. Et lorsque le projet de construire l’A61 sur le canal du Midi a été abandonné, nous avons réalisé l’étude d’impact de la construction dans la vallée de l’Hers. C’était passionnant. Autre exemple : la ZAC des Pradettes a été aussi imaginée pour aller dans une voie différente de la verticalité du quartier du Mirail, après une étude sociologique pour connaître les ressentis des habitants et des Toulousains.

Si vous deviez résumer l’esprit de l’agence à cette époque, que diriez-vous ?

Les équipes des communes ou certains élus disaient de nous que nous étions des soixante-huitards, mais que nous avions des idées ! Nous avions en effet des convictions, pour faire une ville vivable, accessible à tous. On se battait pour favoriser le développement d’équipements publics. A titre personnel, je me déplaçais en vélo, ce qui était rare à l’époque et j’étais catalogué comme écologiste cycliste !

Le parcours de Patrick Lusson

  • 1973-1989 / Chargé d’études et de mission à l’AUAT
  • 1989- 1992 / Directeur de l’Aguram
  • 1992-1998 / Délégué général de la Fnau ;
    1998-2004 / Directeur de la prospective et de la stratégie du Grand Lyon (Millenaire3)
  • 2004-2008 / Directeur de la prospective, de l’évaluation et des relations avec les citoyens de la Région Rhône-Alpes ;
  • 2008-2013 / Délégué général de la région Rhône-Alpes à Bruxelles de 2008 à 2013
Patrick Lusson, économiste à l'AUAT de 1973 à 1989

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