Patrick Vandevoorde : « L’audience de l’agence dépendait de la qualité de ses propositions »
Agence d'urbanisme et d'aménagement Toulouse aire métropolitaine
AUAT

Patrick Vandevoorde : « L’audience de l’agence dépendait de la qualité de ses propositions »

Interview de Patrick Vandevoorde, directeur de l’AUAT de 1983 à 1988, à l’occasion du 50ème anniversaire de l’agence.

Patrick Vandevoorde : « L’audience de l’agence dépendait de la qualité de ses propositions »

Directeur de l’AUAT de 1983 à 1988, Patrick Vandevoorde relate le positionnement indépendant de l’agence qui fête cette année son 50ème anniversaire. Il nous livre aujourd’hui son témoignage, illustré de projets qui ont compté dans le développement du territoire toulousain.  

Vous avez rejoint l’agence au moment où les lois Defferre sur la décentralisation transformaient le paysage de l’urbanisme, du logement et de l’aménagement du territoire. Quel souvenir en gardez-vous ?

Les communes étaient effectivement devenues responsables de leur urbanisme. Pour l’AUAT, cela a multiplié les sollicitations pour réaliser des documents réglementaires. Nous avons alors pris des initiatives pour assumer notre mission intercommunale. L’AUAT ne pouvait pas être réduite à une « usine à POS » et à production de statistiques (même si ces deux fonctions étaient indispensables). Je me souviens que le conseil d’administration était un des rares lieux d’échange entre élus d’une agglomération qui n’existait pas encore en tant qu’instance politique. Nous avions donc un espace pour agir, sans pour autant avoir de compétences institutionnelles, si ce n’est celles que les collectivités nous reconnaissaient. C’était à la fois notre force et notre faiblesse.

Quels étaient les enjeux à votre arrivée à l’AUAT en 1983 ?  

Dominique Baudis venait de relancer le projet de transports en commun et l’AUAT s’est positionnée. C’est symptomatique de la capacité qu’avait déjà l’agence de s’intéresser à tous les sujets de la cité même sensibles, à partir du moment où nous savions rester à l’écart de la politique politicienne. L’audience qui nous était accordée dépendait totalement de la qualité de ce que nous proposions et de notre impartialité.

Il n’y avait pourtant pas de consensus politique sur le projet de transports en commun

C’est bien pour cela que l’agence, neutre, a été chargée du projet. Ce projet était très complexe. Il était attendu que nous fournissions des éléments objectifs favorisant le débat et la décision des élus. Nous avons donc tout mené de front : études techniques, plan de financement et opérations d’aménagement liées. Aujourd’hui encore, je me dis que l’approche urbaine du projet a été décisive. Nous avons beaucoup débattu avec les techniciens. Ils souhaitaient par exemple positionner la station de la Reynerie sur les infrastructures routières, autour du quartier. Nous pensions au contraire qu’il fallait être au cœur du quartier. Cela créerait une centralité au moment où une ambitieuse opération de requalification du quartier était lancée. Un système de transports ne fait pas que déplacer des gens, cela « fabrique la ville ».

L’archive à découvrir : l’étude comparative de faisabilité de réseaux tramway et VAL en site propre

Découvrez l’étude publiée en 1985 présentant les options de tramway ou de VAL pour équiper la ville de Toulouse d’un réseau de trois lignes de transports en commun en site propre.

Vous avez aussi soutenu le croisement des lignes A et B du métro à Jean Jaurès

Le centre de Toulouse était à l’époque très petit alors que l’agglomération grandissait. Il aurait été naturel que le croisement s’opère à Esquirol ou au Capitole. Je pensais au contraire qu’il fallait le décaler à Jaurès pour étendre l’hypercentre jusqu’au Canal du Midi. Si l’on regarde aujourd’hui les derniers aménagements et les projets autour de la gare, c’est désormais une réalité. Mon expérience à l’AUAT m’a appris que l’urbanisme est une alchimie complexe. Il faut du temps et de l’humilité pour comprendre la ville. Aujourd’hui encore, je suis persuadé qu’il ne faut pas avoir d’idées trop arrêtées, qu’il faut des temps de respiration. On peut tout à fait être planificateur sans être trop dirigiste.

L’AUAT était aussi mobilisée sur les questions sociales, avec des opérations dans les quartiers dits difficiles

La politique nationale lancée à l’époque conduisait à considérer que les quartiers dits difficiles ne renvoyaient pas qu’à un problème d’infrastructure ou de bâti. L’équipe AUAT comptait déjà des sociologues, des économistes, des architectes, des dessinateurs… Notre pluridisciplinarité nous permettait d’appréhender la question en y intégrant les enjeux d’emploi, de vie sociale, ou encore de sécurité. Nos études étaient très opérationnelles. Sur le terrain, nous allions interroger les habitants de la Reynerie, de Bellefontaine, pour comprendre leurs problématiques. Les recommandations allaient ensuite jusqu’aux questions d’équipements publics et d’accompagnement social de la population. Est-ce que cela a été un succès ? Je dirais que si cela n’avait pas été réalisé, la situation serait bien pire aujourd’hui.  

Sur le volet économique, l’AUAT a aussi créé le premier Technopole

En 1988, nous avions beaucoup analysé le dynamisme de l’économie toulousaine. L’agglomération n’était pas encore créée alors qu’un Technopole devenait nécessaire pour attirer des entreprises sur le territoire. L’agence a donc largement contribué à créer cette structure et je me souviens que nous en avions écrit les statuts. Dans la même idée, l’agence a contribué à installer la société concessionnaire pour les transports, dont j’ai pris la direction en quittant l’AUAT.

Je garde un très bon souvenir de cette expérience, par l’importance et la variété des enjeux traités. Les personnes formaient une équipe diversifiée et de haute qualité. Notre liberté d’intervention était inédite.

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