Comment intégrer la qualité de l’air et la santé dans les politiques d’aménagement ? Le 8 octobre 2026, l’AUAT a réuni élus et techniciens de collectivités pour clôturer un cycle d’animation inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du plan de protection de l’atmosphère (PPA) de la grande agglomération toulousaine. Retour sur les leviers d’action identifiés.
La qualité de l’air n’est pas qu’une question environnementale ; c’est un déterminant majeur de santé publique. Voilà le message délivré par les intervenants de cette rencontre animée par Agnès Domingo de l’AUAT. « Les études menées entre 2009 et 2019 sur le territoire du PPA montrent une amélioration notable » a rappelé Patrice Poinat, médecin de santé publique, spécialisé en santé environnementale.
Les polluants en baisse dans la grande agglomération toulousaine
Les concentrations de polluants dans l’atmosphère de la grande agglomération toulousaine ont effectivement baissé. La mortalité attribuable à la pollution de l’air est ainsi passée de 175 à 69 décès annuels. « Il y a donc une corrélation directe entre amélioration de la qualité de l’air et baisse du fardeau sanitaire : ça vaut le coup d’agir » a-t-il indiqué. Cependant, le chemin reste long. « Les seuils de la directive européenne, en cours de révision pour 2030, sont encore loin d’être atteints » a indiqué Virginie Rebillé, chargée de mission air et transition énergétique, DREAL Occitanie.

Dans cette perspective, un autre élément de constat a été partagé : comme l’avaient déjà signalé les intervenants d’une rencontre organisée en mai 2026, les inégalités sociales de santé persistent. Les populations les plus défavorisées restent les plus exposées aux facteurs de pollution. Malgré l’amélioration globale, ce gradient social tend même à s’accentuer. L’enjeu est donc double : réduire l’exposition moyenne, mais aussi cibler les actions pour ne pas accroître les inégalités.
L’urbanisme, un levier concret pour améliorer la qualité de l’air
Face à ce constat, les collectivités disposent de leviers puissants. Le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) s’impose comme un outil central. À Strasbourg, la collectivité a intégré la qualité de l’air dans son PLUi, lui permettant de donner un avis sur 120 opérations par an et de réduire l’exposition des populations. « Le PLU a été un levier concret pour intégrer la qualité de l’air dans les politiques publiques », expliquait Lucas Mertz, chargé d’études à l’Eurométropole de Strasbourg.
L’approche devrait donc être globale, puisque la santé des habitants ne se limite pas à l’absence de maladie ; elle englobe le bien-être mental et social. Pour Pauline Crouiller, chargée de mission PCAET au Sicoval, « il s’agit de concevoir des espaces de vie qui favorisent l’activité physique, l’accès aux services et un logement acceptable, tout en luttant contre les îlots de chaleur et le bruit. La règle du 3-30-300, qui vise à garantir la présence d’arbres et d’espaces verts, illustre cette approche multifactorielle. »
De l’expérimentation à la généralisation
Pour accompagner les acteurs, des outils opérationnels émergent. L’AUAT a ainsi développé une grille d’aide à la décision, inspirée des travaux de l’ADEME. Celle-ci permet d’intégrer les enjeux de qualité de l’air à chaque étape d’un projet d’aménagement : programmation, conception, exécution et utilisation. Une marche exploratoire à Montaudran Aérospace, à proximité de sources de pollution de l’air, a permis d’éprouver cet outil. Montrant les interactions entre le parcours des usagers et les enjeux de santé publique, cette approche sensible intègre la problématique des inégalités sociales de santé. Des cartes de persona permettent ainsi de prendre en considération différents profils d’usagers, d’identifier des aménagements positifs ainsi que des zones plus vulnérables. Un livrable sera prochainement mis à disposition, accompagné d’un benchmark d’outils et de piste de financements mobilisables.
Retrouvez ces outils en opensource sur le site de l’ADEME
Vers une approche « une seule santé »
Les intervenants ont convergé vers une certitude : la santé humaine est indissociable de celle de la flore et de la faune. Le concept de « One Health » (ou « une seule santé ») invite à dépasser la seule préservation de la santé humaine. Comme l’a rappelé Fanchon Barbat-Lehmann, déléguée générale de l’Alliance des collectivités pour la qualité de l’air, « la santé permet d’avoir une approche différente des projets, on désilote environnement, urbanisme, air et on peut dépasser les clivages politiques. » La santé aurait ainsi l’avantage de réunir autour d’une table des acteurs qui n’avaient pas prévu de travailler ensemble.
Conclusion : une dynamique à amplifier
La clôture de ce cycle d’animation marque une étape, mais le travail se poursuit. Les territoires urbains et ruraux font face à des défis différents. En milieu rural, l’imaginaire d’un environnement plus sain ne résiste pas toujours à la réalité de la mobilité, des pesticides ou de l’accès aux soins. Les leviers existent, mais leur mobilisation demande une coordination importante.
La prise de conscience progresse. Le cadre réglementaire, bien que perfectible, n’est pas un frein. L’enjeu est désormais d’intégrer la santé comme un critère d’aménagement à part entière, en s’appuyant sur les cobénéfices : réduire la voiture thermique, c’est à la fois diminuer les émissions et favoriser la marche, le vélo… C’est enfin une question d’équité entre habitants : un urbanisme favorable à la santé doit améliorer la santé, sans accroître les inégalités.



