Face aux répétitions d’épisodes caniculaires, les territoires sont amenés à adapter leurs modèles d’aménagement. Végétalisation, eau, morphologie urbaine… Quelles sont les solutions les plus efficaces pour rafraîchir la ville en anticiper la prochaine vague de chaleur ? Ophélie Touchard, responsable du pôle transition écologique de l’AUAT, répond à nos trois questions.
Quelle place la végétalisation occupe-t-elle aujourd’hui dans les projets d’aménagement face à l’augmentation des températures ?
La végétalisation n’est plus un simple ornement esthétique. Elle est devenue une nécessité sanitaire et climatique. La trajectoire de référence TRACC prévoit une hausse de +4 °C en France d’ici 2100. Les canicules seront toujours plus intenses dans le bassin toulousain. Nous savons que nous ne pourrons pas faire sans la végétalisation pour limiter les îlots de chaleur urbains, mais aussi limiter les risques d’inondation. Plus largement, ces réflexions sont au cœur de l’urbanisme favorable à la santé. Celui-ci vise notamment à minimiser l’exposition des populations à des risques anthropiques ou environnementaux (pollutions, nuisances sonores, îlot de chaleur, espèces allergisantes ou vecteurs de maladies comme le moustique tigre).
Aujourd’hui, nous nous appuyons sur des critères scientifiques précis pour aider les collectivités à objectiver la situation. C’est par exemple le sens de la règle du 3-30-300 (3 arbres visibles depuis son logement, 30 % de couvert arboré, à 300 mètres d’un parc). Elle peut être utilisée comme grille de lecture pour prioriser des projets de végétalisation.

Plus largement, face à la rareté du foncier en zone dense, les collectivités misent naturellement sur la nature ordinaire.
La trame verte et bleue devient un levier majeur d’adaptation, puisqu’elle favorise les liaisons végétalisées multifonctionnelles (fraicheur, ombrage, habitat pour la faune et la flore…)
Quels types d’aménagements sont les plus efficaces pour réduire la chaleur en ville ?
Il n’y a pas de solution unique. La lutte contre la surchauffe urbaine repose sur une combinaison de leviers : verts (végétal), bleus (eau), gris (formes urbaines et matériaux) et doux (comportements).
La végétation arborée tout d’abord, avec des essences adaptées à l’évolution du climat et plantées dans des sols de qualité. C’est une solution bien plus efficace qu’une simple pelouse. Un arbre dans un sol drainant et fertile rafraîchit jusqu’à cinq fois plus qu’un arbre prisonnier d’un sol compacté sous les pavés. L’eau est indissociable du végétal : sans eau, pas de fraîcheur. Nous encourageons donc l’intégration de fontaines, de jets d’eau récréatifs et la renaturation des cours d’eau.
Autre élément important : la morphologie urbaine. L’exemple du quartier Empalot à Toulouse est en cela intéressant. Les rues y sont perpendiculaires à la Garonne pour favoriser les brises urbaines et la ventilation naturelle. Les axes sont végétalisés pour créer de l’ombre portée…. Enfin, les bâtiments eux-mêmes doivent être conçus pour l’été : isolation thermique, protections solaires intégrées (balcons, casquettes, pergolas) et solutions passives comme les puits canadiens. Ce sont autant de solutions pour limiter la climatisation active et travailler sur les enjeux de confort d’été.
Les nouveaux projets urbains sont-ils aujourd’hui suffisamment pensés pour faire face aux fortes chaleurs ?
Les projets récents intègrent de mieux en mieux ces enjeux, grâce à des règles et méthodologies renforcées. Mais nous devons être lucides : des freins structurels demeurent. Outre le budget, qui est le premier frein à l’adaptation, la démolition-reconstruction reste un réflexe, alors qu’il faudrait privilégier la transformation de l’existant. Enfin, la complexité réglementaire et foncière limite les collectivités, notamment dans les copropriétés privées.
Au-delà des projets, c’est bien le modèle d’aménagement qu’il faut repenser. Nos prospectives à +5 °C (étés à 50 °C, canicules sur 4 mois) montrent que l’adaptation technique ne suffira pas. Des usages sont à requestionner, pour mutualiser les espaces, ouvrir les cours d’école au public en dehors des horaires de classe, restreindre les consommations d’eau, et même aménager les rythmes de vie, comme le font déjà nos voisins espagnols.


