Clarisse Schreiner : « Réfléchir à des larges échelles a fait progresser l’agence et les élus »
Agence d'urbanisme et d'aménagement Toulouse aire métropolitaine
AUAT

Clarisse Schreiner : « Réfléchir à des larges échelles a fait progresser l’agence et les élus »

Interview de Clarisse Schreiner, ex-salariée de l’AUAT, à l’occasion du 50ème anniversaire de l’agence.

Clarisse Schreiner : « Réfléchir à des larges échelles a fait progresser l’agence et les élus »

Directrice de la planification et des politiques urbaines de l’AUAT jusqu’en 2014, Clarisse Schreiner témoigne du saut réalisé avec les projets de SCoT au début des années 2000. Une période charnière pour les territoires d’intervention de l’AUAT, qui célèbre cette année ses 50 ans.

Comment votre route a-t-elle croisé celle de l’AUAT ?

Deux ans après les lois de décentralisation, en 1984, je suis à la DDE de Haute Garonne, service déconcentré de l’Etat qui accompagne les collectivités locales vers leur nouvelle autonomie. Cela constituait une rupture pour les fonctionnaires d’Etat qui avaient jusqu’alors exercer un rôle de tutelle. Venant d’une collectivité en Champagne, cela me correspondait bien. J’ai découvert les services de l’AUAT en 1990 alors que je travaillais sur des scénarios de grandes liaisons routières et autoroutières. Le schéma directeur d’aménagement était alors en cours de révision et nous avons croisé les projets. C’est en novembre 1994 que je rejoins l’AUAT, au moment où Jean-Marc Mesquida en prenait la direction.

Dans quel état d’esprit étiez-vous à ce moment-là ?

Il pouvait se dire ici et là que les équipes de l’AUAT étaient des rêveurs… Je pensais alors rester 3 ans puis partir pour des projets plus opérationnels. J’y ai finalement évolué pendant 20 ans, jusqu’à ma retraite en 2014. A mes débuts, le projet d’agglomération était sur la table, il y avait une dynamique de construction, d’organisation pour un nouveau cap du développement de l’agglomération : l’intelligence collective se réveillait. En 1996, la loi sur l’air initie les plans de déplacement urbains et j’ai alors travaillé sur celui de Toulouse avec Tisséo et à l’agence étroitement avec Hélène Brandy, chargée de modéliser les déplacements. C’était passionnant : l’agence menait à la fois la réflexion sur l’urbanisme et la mobilité, elle était un peu au cœur du réacteur.

En 2000, la loi SRU a vu le jour

C’est à mon sens un marqueur d’une époque et un tournant dans le développement des territoires, comme la loi Climat et résilience le sera peut-être. L’enjeu était de produire des schémas de cohérence territoriale visant notamment à limiter ou canaliser l’étalement urbain. Cela nous a conduit à repenser nos méthodes à l’agence, à davantage croiser la portée des décisions en matière d’habitat, d’accueil économique et social, de transport, de consommation d’espace, de précaution environnementale… Nous avons partagé cette démarche novatrice et quelque peu ambitieuse avec les élus.

Au début des années 2000, vous vous êtes engagée dans la démarche Interscot à l’échelle de l’aire urbaine toulousaine

Le défi était immense : remettre en question le fonctionnement entre une agglomération toute puissante et les territoires plus éloignés, aller à l’encontre de la négligence à l’égard des territoires lointains en mettant en évidence les interdépendances… Les documents d’urbanisme parlent directement ou indirectement de répartition des richesses et sont opposables : les négociations étaient dures. Il fallait être tenace, motivés, persuasifs pour poser le bon diagnostic et je crois ne pas me tromper en disant que notre équipe d’étude l’était. Je travaillais sur ce projet avec le président de l’InterSCoT, Claude Raynal. De sa grande implication, je retiendrai une vraie présence politique de tous les élus engagés dans ce devenir du territoire de l’aire urbaine toulousaine. Je garde un grand souvenir de cette époque. Les premières missions de prospective à l’agence débutaient. Elles étaient destinées à mettre en évidence les incertitudes et les signaux faibles du développement de notre territoire. J’en retiens que nous avons facilité le dialogue parfois difficile entre élus, entre techniciens, ce qui est essentiel pour construire un projet.

L’archive à découvrir :

Que disait-on en 2005 sur 2020 ?

Plongée dans ce document qui rassemble les comptes-rendus suivants : 

  • Une introduction méthodologique par Hugues de Jouvenel, président de l’association Futuribles International, sur ce qu’est une démarche de prospective territoriale, suivie d’éléments de cadrage sur les grands scénarii d’évolution de la France à l’horizon 2020.
  • Un travail en ateliers avec pour chacun, un exposé par Futuribles des tendances lourdes et incertitudes majeures, un rappel bref des spécificités et du questionnement quant à l’avenir de l’aire urbaine toulousaine par l’AUAT et un temps de débat.
  • Une table ronde, en fin de journée, rassemblant le Bureau de l’aire urbaine et les rapporteurs d’ateliers.

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Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le métier qui était le vôtre ?

L’AUAT était un centre de ressources et de rencontre entre élus qui s’y retrouvaient pour parler d’urbanisme. J’ai connu une période très institutionnelle, où l’on travaillait encore beaucoup avec les élus, entre structures, entre « sachants ». Progressivement, les habitants s’emparent de leur vie en ville et pèsent de plus en plus sur les prises de décision. Nous allons vers une démocratie plus participative et c’est une bonne chose qui renouvelle nécessairement nos méthodes de travail. Mais je n’oublie pas que nos institutions sont aussi le produit et à la fois le garant de notre démocratie.

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